François Morel

François Morel a reçu, cette année 2019, le Molière du Meilleur comédien dans un spectacle de théâtre public pour  » J’ai des doutes », superbe hommage au maître Raymond Devos créé en Mai 2018 à La Coursive.

 

« Une pure aberration,
un gâchis terrible,
une inquiétude réelle » 

Les liens forts qu’il a tissés avec La Coursive, au fil de créations et de spectacles, ont conduit François Morel à réagir très vite au licenciement violent de Florence Simonet. Et à apporter son soutien total à la directrice adjointe de la Scène Nationale de La Rochelle.

Le comédien a accepté le jeu des questions réponses de la page Facebook La Coursiève en colère. Ce qui lui permet de s’exprimer de façon plus longue qu’à travers son tout premier tweet du 21 juin.

L’association Les Vigies de La Coursive vous invite à lire, ou à relire, cet entretien publié sur la page Facebook La Coursive en colère le mardi 2 juillet 2019

Licenciée sans préavis, Florence Simonet a été sommée de quitter son bureau le mercredi 19 juin. Dès le 21, vous avez condamné cette procédure, scandaleuse aux yeux de beaucoup. 
Pourquoi, à vos yeux, ce licenciement est-il si grave ?

François Morel Tous ceux qui ont croisé Florence professionnellement peuvent témoigner de sa haute compétence. Elle accompagne La Coursive depuis pas loin de 30 ans ; elle s’y est investie comme personne, très attentive à tous et à chacun, au personnel, aux spectateurs, aux artistes.
  La licencier me semble une pure aberration, la pire des solutions au malaise existant depuis le départ de Jackie Marchand.

Le « système Marchand »

Jean-Philippe Riollet, président du Théâtre de la Coupe d’Or à Rochefort (théâtre associé à La Coursive depuis juillet 2018), a dénoncé dans « Sud Ouest  » (vendredi 27 juin) le « système Marchand » en vigueur, selon lui, à la Scène Nationale de La Rochelle jusqu’à l’été 2017. 
  Vous êtes – comme les plus fidèles abonnés de la salle… – l’un des bénéficiaires » de ce « système ». Complice numéro 1 du dénommé Jackie Marchand, l’ancien directeur mis en cause, dormez-vous sur vos deux oreilles ? La menace de poursuites plane…

François Morel Le « système Marchand » était scandaleux. Imaginez : des salles pleines, des artistes fidèles et heureux de venir, des spectateurs tellement satisfaits qu’ils se réabonnaient d’une année sur l’autre…J’ai lu que c’était un système qui favorisait les copains. C’est assez insultant. Je n’ai jamais senti chez Jackie la moindre complaisance vis à vis de mon travail.

Quand, assistant à des répétitions, il avait des critiques à formuler, il le faisait librement et je crois que nous étions, l’un et l’autre, pleinement heureux de cette confiance mutuelle. Des copains, Jackie et moi ? En effet, nous préférions travailler dans le plaisir et la cordialité que dans la suspicion et le mépris, est-ce vraiment un crime ?

J’ajoute que chaque spectacle pour lequel il m’avait fait venir correspondait à un choix artistique partagé. Il m’est arrivé de créer des spectacles que La Coursive n’a pas programmés (Hyacinthe et Rose), ce qui me confortait dans l’idée que, lorsque j’étais invité, j’y étais sincèrement désiré !

A chaque fois qu’un spectacle a été créé à la Rochelle, il s’est joué de très nombreuses fois et a obtenu un retentissement national que le seul copinage n’aurait pas pu engendrer.

La volonté de toucher le plus large public m’a semblé l’une des préoccupations majeures de Jackie Marchand. Je l’ai vu, un matin, dans une salle remplie, parler avec passion de danse contemporaine pour présenter un spectacle devant des élèves de classes primaires. Toute personne un peu honnête aurait compris, en le voyant, que le rôle de directeur ne consistait pas à se calfeutrer dans un bureau pour organiser une programmation mais à s’investir avec passion dans l’idée de rendre la culture accessible au plus grand nombre.

A propos de vos liens fidèles avec La Rochelle et La Coursive, vous avez déclaré dans « Sud Ouest « (édition du 21 juin) :  » Le départ de Florence Simonet de La Coursive marque pour moi une histoire qui s’achève. » Boycotter à l’avenir cette Scène nationale, n’est ce pas trop pénaliser un public qui vous adore ?

François Morel En effet, je n’ai pas souhaité venir cette année avec « Tous les marins sont des chanteurs », le nouveau spectacle que je vais créer avec Antoine Sahler, Gérard Mordillat et Amos Mâh. J’ai été invité par Franck Becker et les dates étaient arrêtées. Nous nous sommes rendu compte, avec mon associée Valérie Lévy, que la directrice adjointe, Florence Simonet était totalement mise à l’écart de ce projet, ce qui compte tenu de nos relations me semblait inacceptable.

« Une sale ambiance »

Nous avons demandé des explications à Franck Becker qui ne nous les a pas fournies et qui nous a assuré, un mois après le premier mail, que, justement, il s’apprêtait à nous répondre le jour où nous l’avons justement informé que nous ne souhaitions plus venir. Ce n’est pas dans cette médiocrité et cette sale ambiance, auxquelles on nous avait si peu habitué ici, que nous avions envie de travailler. J’ai été le premier désolé de cette situation.

Je garde évidemment le meilleur souvenir de la Coursive, de ses équipes administratives et techniques, de son public qui m’a toujours accueilli chaleureusement.

« J’ai des doutes » fut créé en Mai 2018 sur la scène de La Coursive dont Franck Becker est le directeur depuis moins d’un an. Comment vous-a-t-il accueilli lors de la résidence de création ? Lors du spectacle ?

François Morel Je n’ai jamais rien eu à reprocher à Franck Becker qui m’a reçu dans le Jura, à Quimper puis, la dernière fois, à La Rochelle pour « J’ai des doutes ». J’ai le sentiment d’un gâchis terrible, d’une inquiétude réelle, pour cette belle aventure que doit rester La Coursive. »

                                                               Propos recueillis par Dominique Paries
                                                               (Echange de questions-réponses par mail)