Jean-Claude Collot

Jean-Claude Collot a longtemps dirigé le théâtre d’Alençon dans l’Orne.

Jean-Claude Collot fut l’un des tout premiers à réagir au licenciement de Florence Simonet, la directrice adjointe de La Coursive, le 15 juin 2019. Il connaît cette « grande seconde », ainsi que Franck Becker, directeur de la Scène nationale de La Rochelle depuis fin août 2017. Il l’avait, lui-même, embauché comme… second à Alençon.

Chez l’ancien directeur de la Scène nationale d’Alençon (Orne) durant trois décennies, la langue de bois n’est pas de mise. Il écrit :

« C’est un vent de folie qui souffle sur La Rochelle, d’une violence et d’une incurie inédites dans l’histoire des Scènes Nationales. Si je sors de ma « retraite active et joyeuse », c’est que je connais bien les protagonistes de cette tuerie.

Je connais Florence Simonet comme tous les professionnels (artistes, producteurs, partenaires…) qui ont été programmés, produits, co-produits, reçus, invités à La Coursive pendant 30 années. Et, ça en fait un paquet, des « émergents », comme on dit, aux plus grandes stars internationales qui, à ce niveau, forment une famille. Tout le monde connaît tout le monde.

Et tout le monde connaît Florence Simonet car c’est elle, en grande « seconde » de Jackie Marchand, qui arrange tous les coups, organise tout, accueille, bichonne, pilote, huile les rouages, organise l’équipe en formidable professionnelle que nous admirons tous, dans un seul but : réussir la rencontre entre l’oeuvre proposée par l’artiste et le public venu la découvrir. Les directeurs sont parfois critiqués dans leurs choix, leurs politiques, leurs manières, leur pouvoir. Jackie, pas plus que moi, nous n’y avons échappé et c’est normal car il n’est pas question de minimiser leur responsabilité.

Mais, je n’ai jamais entendu la moindre critique visant Florence. Et l’amitié que je porte à la personne est évidemment liée à l’admiration que j’ai pour son professionnalisme.

«  Franck Becker carbonisé à jamais »

Mais je connais aussi très bien Franck Becker. Je l’ai embauché comme « second » à la Scène Nationale d’Alençon alors qu’il était gestionnaire d’une petite compagnie en Mayenne. Il m’a quitté pour devenir directeur des « Scènes du Jura » et j’en étais très fier.

Je peux dire (et j’imagine qu’il dit) que je l’ai « formé ». Il sait, par expérience, le rôle irremplaçable du « second ». J’ai donc tendance à tenter de trouver des explications pour expliquer l’inexplicable…

Succéder à Jackie Marchand n’est certes pas chose facile et il semble bien que Franck Becker s’y soit pris de la pire des manières. (Il n’est pas le seul dans ce cas d’ailleurs). Diriger une boîte avec une directrice adjointe du talent de Florence Simonet supposait, à minima, le respect, l’écoute, l’attention, la bienveillance et, surtout,  l’humilité qui s’imposaient. Là encore, ce ne sont pas semble-t-il, les qualités premières de Franck Becker.

Mais enfin… Tout le monde le savait. Tout le monde connaissait la situation. 
Jamais « de mon temps » (comme disent les vieux cons), du temps où le ministère de la culture avait une parole, du temps où le ministère de la culture était mon patron, du temps des vrais ministres de la culture (et il n’y eut pas que Jack Lang), du temps des vrais directeurs du Théâtre et des spectacles (Robert Abbirached, Bernard Faivre d’Arcier, Alain Van Der Malière, Jean-François Marguerin…), jamais, il ne m’aurait laissé faire une connerie pareille.

Il semble que tous ces gens qui décident (on peut pardonner au Conseil d’administration qui, amateur par définition, ne sait rien) ne mesurent pas l’énormité de ce qu’ils viennent de faire.

Florence Simonet part justement adulée par le monde du spectacle (au point que de nombreux artistes sont en train d’annuler leur venue), victime d’un directeur incapable d’asseoir une autorité et d’imposer une politique.

Évidemment, elle n’aura pas besoin de chercher du travail ; elle fera ce qu’elle voudra, croulant sous les propositions.

Franck Becker est carbonisé à jamais. Quel maire, quel responsable politique embauchera un directeur responsable d’un tel merdier national ?

 » JE PENSE AVANT TOUT AU PUBLIC « 

Mais la vraie victime, c’est la Scène Nationale de La Rochelle et, par contre-coup, les établissements labellisés. J’ai une pensée émue pour l’Association des Scènes Nationales que j’ai jadis présidée et qui me semblait faire un travail remarquable. Son silence est assourdissant (…)

Mais je pense avant tout au public. Que peut-il comprendre ? Lui qui connaît Florence depuis si longtemps, lui qui a vécu tant de moments inoubliables (et j’en étais parfois) et qui savait qu’il les devait aux choix de Jackie Marchand, « mis en musique » de Florence Simonet.

J’ai, nous avons, toujours défendu la liberté de la direction d’une Scène nationale allant de pair avec sa responsabilité. Mais, à l’image d’un capitaine de navire, seul maître à bord, s’il n’est pas protégé, surveillé et surtout aidé par une autorité régalienne, tôt ou tard, ce sera la catastrophe.

Il semble bien que le ministère de la culture ait définitivement disparu des radars. »

                                                                                                       Jean-Claude Collot

Ce texte a été publié par son auteur sur Facebook dès le vendredi 21 juin. Il a été très lu et fort partagé au sein de la profession du spectacle vivant.