Michel Sala

Michel Sala, président du conseil d’administration de La Coursive de 2013 à avril 2018.

« Chronique de quelques mois de présidence

en compagnie de Franck Becker »

A l’instar d’une tragédie classique, la crise que traverse La Coursive depuis plusieurs mois, se noue de façon progressive, d’acte en acte, de scène en scène. Michel Sala qui l’a vécue de près a raconté cette crise le 4 juillet 2019 sur la page Facebook « La Coursive en colère ».

L’association Les Vigies de La Coursive, qui a pris le relais, vous invite à lire, ou à relire, ce texte édifiant. L’ancien président de La Coursive écrit :

Le cadre : C’est à partir de 2013 que j’ai assumé la présidence de La Coursive. Les PV (procès-verbaux) du CA (conseil d’administration) louent, de façon unanime, le modèle mis en place en 1989 par le tandem Marchand-Simonet : un public nombreux, des fidélités artistiques, un accueil exemplaire des artistes comme des spectateurs…

Mi-2016, Jackie Marchand fait part de son intention de se retirer. Florence Simonet ne souhaite pas être candidate, faute sans doute d’avoir pu reformer un tandem avec un ou une plus jeune qu’elle aurait initié à la recette La Coursive avant de lui passer le relais. Un recrutement est engagé.

Prologue : le moment du choix. Un jury est composé au second semestre 2016, qui rédigera l’appel à candidatures, établira une short list parmi les candidatures reçues, puis auditionnera les candidats. Le jury de la short list comprend trois représentants de l’Etat disposant de deux voix, deux élus de la CDA (communauté d’Agglomération de La Rochelle), trois personnalités qualifiées.

Ces trois personnalités qualifiées (George Goubert, figure emblématique du théâtre public, Annie Le Nouen et moi-même) nous estimons, au vu de ce que les recruteurs appellent « la richesse du filon », que celle ci n’est pas à la hauteur de ce que représente la direction de La Coursive. Nous suggérons de déclarer infructueux ce recrutement afin de relancer un nouvel appel à candidatures. Les représentants de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) s’y opposent, le niveau des candidatures leur paraissant très acceptable.

Dont acte, nous sommes priés de faire avec.

Acte 1 : La révélation progressive de l’ambivalence de la personnalité de Franck Becker.

Scène 1 : Au cours des entretiens précédant le choix, celui ci s’attache à se montrer sous son meilleur jour. A ce moment là, dit-il, « Florence Simonet est une chance pour moi », « j’ aurai besoin, si je suis retenu, de vos conseils en danse », La Coursive est « exemplaire à tous points de vue ».

Scène 2 : Février 2017, le jury final retient Franck Becker et obtient l’agrément de la Ministre de la culture de l’époque (Audrey Azoulay) et du Président de la CDA (Jean-François Fountaine). Il est nommé. C’est moi qui négocie et signe avec lui son contrat de travail en CDI (contrat à durée indéterminé) qui prend effet fin août 2017.

Scène 3 : Les premiers pas de Franck Becker, à la rentrée de septembre 2017, sont très observés tant par le personnel que par les abonnés, les adhérents et les artistes. Il surprend par son absence, son peu d’implication dans la campagne d’abonnements d’une saison programmée par son prédécesseur et son manque de communication au personnel (et à son adjointe) de son projet et de ses intentions de changement, ceci dans un cadre organisé (réunions de direction, de services, de DP (délégués du personnel).

Rien encore de dramatique, mais deux déléguées du personnel me font part des incompréhensions de l’équipe. J’en informe le directeur et lui conseille de modifier son comportement, de se montrer plus présent, de s’expliquer. Les choses auraient pu en rester là s’il avait entendu ce conseil et tout serait rentré dans l’ordre.

Scène 4 : Mais, hélas, c’est le contraire qui se produit. Franck Becker convoque, très remonté me dit-on, chaque service, en ignorant les cadres de direction, pour dénoncer une cabale contre lui, pointer du doigt la responsabilité de Florence Simonet, sans aucune preuve, et enfin m’isoler en menaçant celles ou ceux qui seraient tentés d’alerter à nouveau le président. Lui même ne s’entretient plus avec moi que sur rendez-vous téléphoniques espacés et selon un ordre du jour très restrictif.

Je prends conscience de sa face cachée, capable d’être vindicative et manipulatrice.

Acte 2 : Le premier conflit. Novembre 2017.

Scène 1 : Je me rends à La Rochelle et je le reçois pour lui reprocher d’avoir envenimé les choses au lieu de les apaiser. L’entretien se passe mal. Au point que je lui adresse une lettre de cadrage (se montrer plus présent, tenir des réunions régulières pour mieux expliquer son projet, s’appuyer sur la collaboration avec Florence Simonet dans le respect de sa fiche de poste de directrice adjointe).

Afin de m’assurer de la réalité d’un vrai changement de comportement , je lui fais part de mon intention de prolonger sa période d’essai. En parallèle, j’en informe les tutelles.

Scène 2 : Les deux tutelles réagissent très différemment. Le Président de la communauté d’agglomération-Maire de La Rochelle me dit « si vous estimez devoir prendre cette mesure, faites le,  c’est vous le patron ».

Tout autre son de cloche du coté de la DRAC. Le Directeur régional et le Chef du pôle création se relaient au téléphone (trois coups de fil en une seule journée !) pour faire pression sur moi sur le thème « si vous avez la capacité juridique de signer ou de rompre un contrat de travail, vous n’en avez pas la légitimité politique ». Je cède en constatant par devers moi que l’indépendance de l‘ association n’est pas respectée et qu’il y a là une ingérence caractérisée.

J’obtiens toutefois le fait que Franck Becker devra bénéficier d’un accompagnement au management d’équipe, point sur lequel il ne se montre pas à la hauteur. Ceci est acté dans une séance de conseil d’administration qui se tient fin novembre 2017.

Scène 3 : Franck  Becker qui se sent conforté, par la tutelle DRAC en particulier, et voit le président désavoué, se sent pousser des ailes. A partir de là, nos contacts deviennent quasi inexistants. Auprès de l’équipe, il poursuit sa stigmatisation de Florence Simonet.

En externe, vis à vis des tutelles, il se victimise.  Ce qu’il sait très bien faire. Tandis qu’en interne, ses difficultés relationnelles avec les salariés s’accumulent et s’amplifient. Le double visage de Franck Becker se confirme.

Acte 3 : Le théâtre de la Coupe d’Or entre en scène en janvier 2018.

Scène 1 : début janvier 2018, Vincent Coppolani (maire de La Jarne, représentant l’Agglomération de La Rochelle au CA de La Coursive) m’informe par téléphone du fait que les deux maires de Rochefort et La Rochelle ont le projet de réactiver le rapprochement des deux théâtres (un vieux projet datant de la mandature de Maxime Bono qui n’avait pas abouti). Je demande à ce conseiller communautaire d’informer Jean-François Fountaine que, si je ne suis pas opposé au principe, je suis, dans l’intérêt de l’association, plus que réservé sur le timing.

Franck Becker, à peine arrivé, est déjà en difficulté avec son équipe; il ne sait absolument pas déléguer. Comment lui confier une deuxième équipe distante de 40 kilomètres ? Je ne doute pas que mon message aura été transmis. Les jours passent, jusqu’à ce que j’apprenne par « Sud Ouest » qu’un accord de rapprochement est signé. Stupeur !

Scène 2 : Je convoque un conseil d’administration pour le 26 janvier 2018. Dans les jours qui précèdent, Franck Becker ne m’associe en rien à la préparation de l’ordre du jour. A tel point que lors de la séance, je voterai contre le budget prévisionnel 2018 qui me paraît insincère.

Avant de rentrer en séance, je lui demande des explications sur la Coupe d’Or : je m’entends dire (par ce directeur-salarié à son président-employeur ! ) « qu’il n’a pas à me répondre » et que « ON » lui a demandé de ne pas m’en parler.

En début de séance,  j’exige des explications. Elles me seront données par Marc Le Bourhis, directeur régional  adjoint des affaires culturelles : « nous avons décidé de mettre l’embargo sur ce dossier à votre égard ». Vincent Coppolani confirme.

Je présente illico ma démission, non sans avoir stigmatisé cette ingérence des tutelles dans la vie associative et cette dirigeance de fait de la part du directeur Franck Becker. 

Epilogue  de près de six ans de présidence. Ce jour là, je quitte La Coursive, sans un mot réconfortant à mon adresse de la part des tutelles, sinon de la part d’Arnaud Jaulin et d’ Annie Le Nouen (merci à eux).

Dans les semaines qui suivent, je ne souhaite pas m’étaler sur la place publique mais JE n’en suis pas moins inquiet pour l’avenir de La Coursive, pour Florence Simonet, pour l’équipe.

Depuis…l’ engrenage

En avril 2018, une présidente, fonctionnaire d‘ Etat, ancienne DRAC (1), est élue. Elle ne prendra jamais contact avec moi, ne serait ce que par courtoisie, et moins encore pour solliciter mon analyse de la situation.

Franck Becker transforme (coup de maître) son accompagnement personnel en matière de management social en audit du personnel. Lequel, selon ce qui m’est rapporté, se révélera uniquement à charge. Les salariés s’adressent aux élus locaux, à la présidente, pour faire état de souffrance au travail. Ils ne semblent pas être entendus.

La situation s’envenime jusqu’à cet entretien préalable conduit par la présidente. Florence Simonet reçoit, quelques trois semaines après, notification de son licenciement pour «  faute simple ». Elle dispose d’une matinée pour vider son bureau et rendre sa dotation en faveur (clés, portable).

Des questions

Une vague d’indignation se propage, des salariés aux artistes et enfin, fait inédit en France, aux spectateurs. Un mouvement de très grande ampleur se crée, « La Coursive en colère » qui attend des réponses précises :

En quels termes a été soumise au CA cette éviction quasi manu militari de Florence Simonet ?

Quel mandat précisément a été donné à la présidente pour « exécuter » une telle décision ? Qui l’a votée ? Qui ne l’a pas votée ? –

Le conseiller communautaire en a-t-il référé à la Communauté d’Agglomération ? (Je ne crois pas une seconde à cette « unanimité » en faveur d’un licenciement sans préavis de Florence Simonet. )

Diverses tentatives de récupération politique se font jour dans la perspective des élections municipales qui approchent.

Pour ma part, submergé par l’indignation et par le sentiment d’un gâchis qui aurait pu être évité si j’avais été écouté, je sors de mon silence et j’en profite pour poser une autre question :

A maintes reprises Franck Becker aurait dit au personnel « J’ai été engagé pour réformer La Coursive ». Or, rien de tel n‘apparaît dans l’appel à candidatures, ni dans le projet pour La Coursive du candidat Becker, ni dans les délibérations du conseil d’administration, ni dans mes discussions avec les tutelles.

Alors ? Mensonge de circonstance ?  C’est fort possible, connaissant sa capacité à manipuler ?  Ou « mission secrète » ? Dans ce cas, à l’initiative de qui ?

J’opte plutôt pour la première hypothèse. Car, au delà des responsabilités des uns et des autres, la cause première de la situation actuelle est la double personnalité de Frank Becker.

Un médiateur pourra-t-il changer cela ? »

Michel Sala, président du Conseil d’administration

de La Coursive (2013-Avril 2018)

(1) Véronique Chatenay-Dolto est présidente du conseil d’administration de La Coursive depuis avril 2018